Rhédo Dystopie du chaos
Dans les entrailles d’une plume en feu, un nom surgit comme un battement discontinu : « Rhédos ». Ce lieu, tantôt mythe, tantôt mirage, est un territoire d’ombres et de lumières, une géographie mouvante où la parole vacille. C’est là que Gabriel Wensley ALCINDOR dresse sa cathédrale de cendre, de cri, d’amour déchiré. Poète originaire de Jacmel, aujourd’hui égaré dans les plaines glaciales du Canada, Alcindor porte dans ses valises la chaleur électrique de sa terre natale et les fragments dispersés de son propre exil. Son recueil peut se lire comme une traversée épique, mystique, féroce.
« Rhédos : Dystopie du chaos » est un livre qui échappe à toute interprétation réductrice, puisqu'il sollicite de la part du lecteur un regard pluridimensionnel. Il faut y entrer à tâtons, le lire avec le ventre, avec la gorge, parfois même avec les dents. Le texte hurle, chante, murmure. Il griffe. Il embrasse. L'auteur écrit avec l’encre des blessures anciennes et le feu de la révolte. Il déploie une voix polyphonique, faite de strates, de voix entremêlées, de rythmes syncopés. La parole y devient rivière, cri, flamme, brisure, incantation. Elle s’inscrit à la croisée des genres : fable détraquée, épopée intime, conte halluciné, poème narratif — elle refuse l’étiquette et embrasse l’hybridité. Il y a du Frankétienne dans cette langue-fleuve où le français et le créole s’embrassent sans prévenir. Il y a du René Depestre dans les visions traversées de loas. Il y a aussi du Nietzsche, bien vivant, lorsque la poésie assume sa fonction de révélation.